Nigéria : vers une opposition fragilisée face à Bola Tinubu en 2027
Dans un entretien accordé à ABDULRAHMAN ZAKARIYAU, Mark Adebayo, secrétaire national à la comunication de la Coalition of United Political Parties (CUPP), alerte sur la faiblesse actuelle de l’opposition nigériane et prévient que, sans unité retrouvée entre partis comme le Peoples Democratic Party (PDP) et l’African Democratic Congress (ADC), la présidence de Bola Tinubu pourrait ne rencontrer que peu de résistance en 2027.
Adebayo décrit la CUPP comme étant « dans un coma auto‑infligé », imputant la situation à un vide de leadership et à l’abandon post‑électoral de 2019. Il rappelle que la coalition a connu une période d’activité marquée sous la présidence d’Olagunsoye Oyinlola, ancien gouverneur d’Osun, quand le PDP avait fourni des locaux et un soutien visible. Mais selon lui, après la proclamation de la défaite du PDP en 2019 — victoire qu’il estime volée à Atiku Abubakar — la coalition a été laissée à l’abandon.
Il souligne le rôle ponctuel d’individus pour maintenir la structure : Ugochinyere Imo, désormais membre de la Chambre des représentants, a financé à titre personnel nombre d’activités et soutenu le volet médiatique. À la veille des élections de 2023, Adebayo dit avoir repris une responsabilité accrue sans soutien tangible des autres acteurs de l’opposition, estimant que « la coalition est devenue une mégaphone nationale abandonnée ».
Faiblesses internes, stratégies et enjeux électoraux
Adebayo pointe plusieurs faiblesses structurelles au sein de l’opposition. Il qualifie le PDP de fragmenté par des crises internes et des querelles de factions, citant en particulier le refus de « zoner » la candidature présidentielle vers le Sud en 2023 comme source de divisions. Il avertit que des dynamiques similaires émergent dans l’ADC : si ce parti ne parvient pas à appliquer des règles de rotation ou à se rassembler autour d’un candidat largement accepté, il risque une performance encore moins convaincante que par le passé. Le terme « zonage » renvoie ici au mécanisme interne de partage régional des postes et candidatures au sein des formations politiques nigérianes.
Sur la nature de l’opposition, Adebayo critique l’absence d’idéologie claire et l’orientation vers une « politique de convenance », où les défections obéissent à des intérêts personnels. Il relève une propension à la réaction plus qu’à l’anticipation, avec une dépendance excessive aux réseaux sociaux au détriment d’une mobilisation de terrain. À l’inverse, selon lui, la formation au pouvoir identifie et recrute efficacement des talents, souvent sans réprimander les transfuges.
Sur la gestion du pays par le président Bola Tinubu, Adebayo met en avant la persistance d’un problème majeur : l’insécurité — assassinats, enlèvements, banditisme — qui, selon lui, fragilise la stabilité sociale et l’activité économique. Il reconnaît cependant des signes de redressement économique liés à des réformes en cours et salue les sacrifices des forces armées, appelant à des initiatives structurées d’aide aux familles des militaires tombés au combat.
Interrogé sur l’organisation des élections, il insiste sur le rôle central de l’INEC mais juge que la confiance ne peut reposer uniquement sur l’organe électoral. Il préconise une stratégie active de la part de l’opposition : surveillance, déploiement d’agents de parti, recours juridiques, éducation des électeurs et formation des agents de vote, ainsi que l’usage, là où c’est possible, de systèmes numériques transparents pour réduire les risques de manipulation.
Sur les appels à la démission du président de l’INEC, Adebayo précise que si des allégations de partialité ou de déréglementation sont établies par des preuves crédibles, une démission serait appropriée pour préserver l’intégrité de l’organe électoral. Il ajoute qu’il convient de ne pas se prononcer hâtivement sur la base d’allégations politiques et qu’il faut respecter le due process ; ce qui importe, dit‑il, est « la capacité d’agir impartialement, de respecter la loi et de maintenir la transparence en fonction ».
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