Patachou : que reste‑t‑il du cabaret de Montmartre où elle a lancé Brassens

Le 10 juin 2026, Patachou aurait soufflé ses 98 bougies. Disparue en 2015 à l’âge de 96 ans, Henriette Ragon, dite Patachou, reste associée au Paris d’après-guerre et au cabaret montmartrois où de nombreux artistes ont lancé leur carrière, parmi lesquels Georges Brassens.
Avant de devenir chanteuse et propriétaire de cabaret, Henriette Ragon a multiplié les métiers : marchande de chaussures, pâtissière, antiquaire. En 1948, elle ouvre avec son mari, Jean Billon, résistant durant la guerre, un salon de thé au 13 rue du Mont‑Cenis, sur la butte Montmartre. Le salon, qui propose des spécialités à base de pâte à choux, voit rapidement le couple surnommé « Monsieur et Madame Patachou » par les habitués.
Le salon se transforme en restaurant puis en cabaret. Une soirée où le chanteur habituel est absent voit Henriette prendre le microphone : sa voix grave, sa gouaille et son humour séduisent le public et la presse parisienne lui donne le nom de son établissement. Parmi les anecdotes du lieu, le rituel de la coupage de cravate — pratique festive consistant à couper et accrocher les cravates des clients réticents à chanter — contribue à sa réputation.
Chez Patachou, tremplin des talents
En janvier 1952, un artiste encore peu connu franchit la porte du cabaret : Georges Brassens, présenté par le journaliste Pierre Galante. Patachou chante d’abord ses textes, notamment Brave Margot et Les Amoureux des bancs publics, puis invite leur auteur à monter sur scène. Elle l’accompagne ensuite en tournée et enregistre un album de ses chansons ; Brassens gardera un souvenir reconnaissant et dira plus tard : « Vous serez conquis par cette bouche qui sourit et qui boude en même temps ».
Le cabaret devient rapidement un rendez‑vous incontournable du Montmartre bohème. Pendant trois ans, Jacques Brel s’y produit presque chaque soir, bénéf iciant d’une stabilité précieuse en début de carrière. Une plaque commémorative apposée sur la façade du 13 rue du Mont‑Cenis porte les noms de plusieurs artistes qui s’y sont produits : Brassens, Brel, Aznavour, Nougaro, Ferré, Piaf ou encore Sardou.
D’autres figures de la chanson française ont fréquenté la scène : Charles Aznavour, Léo Ferré, Guy Béart, Claude Nougaro, Hugues Aufray, ainsi que de jeunes interprètes comme Michel Sardou. Le cabaret a aussi accueilli des artistes internationaux tels que Frank Sinatra, Dean Martin ou Sammy Davis Jr.. Édith Piaf y a donné sa dernière représentation publique peu avant sa mort en 1963.
La carrière de Patachou s’étend au‑delà du cabaret : rebaptisée « Lady Patachou », elle se produit à Bobino, à l’ABC, à Londres, à New York au Carnegie Hall, et mène une activité au cinéma et au théâtre, notamment sous la direction de Jean Renoir dans French Cancan. Dans les années 1960, le cabaret perd de son éclat et finit par fermer ses portes ; Patachou dirige ensuite un cabaret à la Tour Eiffel avant de se consacrer davantage à la scène et au cinéma.
À l’emplacement du cabaret, la Galerie Roussard, fondée en 1948 par la famille Roussard, s’est longtemps installée et s’est spécialisée dans l’art moderne puis le street art. Depuis 2023, la galerie est devenue itinérante : Julien et Sophie Roussard organisent des expositions dans des lieux atypiques de Paris, comme la crypte de l’église de la Madeleine ou La Poste du Louvre, et leur festival d’art contemporain attire chaque année des milliers de visiteurs.
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