L’interview de Sergueï Lavrov par Léa Salamé, diffusée lors du 20 heures de France 2, a déclenché une vive polémique : accusée par une partie de la classe politique et des observateurs d’avoir offert une tribune à la voix diplomatique russe, elle est également défendue par la direction de France Télévisions et la rédaction.
Selon des informations relayées par Le HuffPost, la séquence initialement prévue sur une heure a été réduite à une dizaine de minutes pour le journal télévisé, ce qui, pour ses détracteurs, a renforcé l’impression d’un entretien insuffisamment confrontant. Les critiques portent sur un supposé manque de préparation et de pugnacité face au ministre russe des Affaires étrangères.
Sur les réseaux sociaux et dans certains cercles d’experts, la démarche a été décrite comme un « cadeau » à Moscou. L’ambassade d’Ukraine en France a qualifié l’entretien de « tribune » offerte, allant jusqu’à employer des termes très durs contre Sergueï Lavrov. Du côté politique, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a exprimé sa désapprobation, estimant que l’entretien avait permis au chef de la diplomatie russe de « dérouler tranquillement sa propagande ».
France Télévisions défend la démarche journalistique
La direction de France Télévisions a pris position pour défendre le choix éditorial et la conduite de Léa Salamé. Philippe Corbé, directeur de l’information, a déclaré que « cet entretien n’est absolument pas complaisant » et a souligné « l’intérêt journalistique évident » de donner la parole à « l’un des plus proches » collaborateurs de Vladimir Poutine. La chaîne défend le principe d’interroger des personnalités internationales susceptibles d’éclairer le public sur des enjeux diplomatiques majeurs.
Le directeur délégué de l’information, Pascal Doucet-Bon, a précisé que l’interview avait été réalisée dans des conditions techniques délicates. Il a notamment évoqué la suppression par Sergueï Lavrov de son oreillette et la nécessité d’une traduction en direct, éléments qui ont complexifié l’échange et la gestion du temps d’antenne.
La Société des journalistes de France Télévisions a également apporté son soutien. Son président, Valéry Lerouge, a rappelé que Léa Salamé avait confronté l’invité aux frappes visant des « écoles, des hôpitaux » et aux « milliers de civils ukrainiens morts dans cette guerre », en ajoutant que la journaliste avait indiqué disposer de preuves sur le terrain, selon un compte rendu de l’AFP.
Les soutiens de la journaliste insistent sur la difficulté d’un face-à-face en direct avec un chef de la diplomatie russe, tandis que les critiques mettent en avant le risque médiatique et moral lié à la reprise sans filtre de positions gouvernementales étrangères. Malgré ces prises de position divergentes, le débat reste vif, certains estimant que l’opportunité offerte à Sergueï Lavrov dépassait le strict cadre d’une interview.