Catherine Ringer : son hommage permanent à son père rescapé de neuf camps de concentration
La chanteuse emblématique des Rita Mitsouko, Catherine Ringer, est décédée à l’âge de 68 ans des suites d’un cancer foudroyant, survenu dans la nuit du 14 au 15 septembre 2026. Cette disparition soudaine intervient après une dégradation de son état de santé observée ces derniers mois.

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L’artiste avait été contrainte d’annuler une lecture musicale programmée dans la capitale française, évoquant à l’époque une simple extinction de voix. Le communiqué officiel diffusé sur ses canaux numériques promettait un report de la représentation pour la rentrée suivante, sans faire mention de la gravité de sa pathologie.
L’annonce de son décès a provoqué de nombreuses réactions au sein du milieu artistique. Le chanteur Marc Lavoine a publiquement fait part de son émotion face à cette perte brutale, tandis que l’auteur-compositeur Benjamin Biolay a tenu à saluer l’apport majeur du groupe Les Rita Mitsouko à l’histoire du rock national, citant particulièrement l’impact du disque The No Comprendo paru en 1986.
Les hommages ont également dépassé le cadre musical, avec la prise de parole de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui a mis en avant l’audace et la liberté stylistique de la chanteuse tout au long de sa carrière, qu’elle soit collective ou individuelle.
Le destin de Sam Ringer face à la Shoah
Le parcours personnel de l’artiste a été profondément façonné par l’héritage de son père, Sam Ringer. Né en Pologne dans la ville de Tarnów en 1918, ce dernier avait intégré les Beaux-Arts de Cracovie en 1937 avant que ses ambitions artistiques ne soient interrompues par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939.
Assigné dès 1940 aux travaux de construction du complexe d’Auschwitz en raison de sa confession juive, Sam Ringer a ensuite connu la déportation à travers neuf camps distincts, parmi lesquels Annaberg, Gross-Rosen, Buchenwald ou encore Theresienstadt, où il a finalement été libéré par l’armée soviétique au printemps 1945.
Après son départ de Pologne en 1946 et un passage par le kibboutz Nili, il s’est installé en France dès 1947 afin de poursuivre sa formation artistique aux Beaux-Arts de Paris durant six années. C’est dans ce cadre qu’il a rencontré son épouse, Jeannine Ettlinger, avec qui il a fondé une famille comptant deux enfants, dont Catherine Ringer.
Figure reconnue du mouvement de l’École de Paris, le plasticien a vu ses toiles être exposées au musée national d’Art moderne avant sa disparition en 1986 à l’âge de 67 ans, date à laquelle il a été inhumé au sein de la division israélite du cimetière de Montmartre.
La préservation d’une œuvre et d’une mémoire
Catherine Ringer a régulièrement rendu hommage à cette figure paternelle à travers sa production musicale, notamment avec le morceau C’était un homme intégré à l’album Cool Frénésie en 2000. Le texte soulignait la force intérieure de son père et sa pratique continue du dessin durant sa captivité concentrationnaire.
La transmission s’est aussi traduite par des initiatives concrètes de conservation, à l’instar de la donation au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme d’un ensemble de créations graphiques réalisées par Sam Ringer dans un camp de personnes déplacées en Bavière, pièces aujourd’hui conservées dans le fonds permanent de l’institution.
La chanteuse avait par ailleurs organisé la mise en vente aux enchères d’une centaine de toiles paternelles en 2023. À cette occasion, elle avait précisé avoir reçu de son père une volonté de vivre essentielle, au sein d’une éducation orientée vers la transmission mémorielle et la tradition intellectuelle juive du questionnement, sans exercice d’une pratique religieuse.
Source de l’article : www.public.fr.
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